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vendredi 10 août 2018

Chronique manga // Le vieil homme et son chat de Nekomaki : le spleen du lolcat


Un dieu qui n’aime pas les chiens sur une île colonisée par les chats. Nous nous trouvons quelque part au Japon dans “la ville des pépés, des mémés et des chats”. Des vieux, des félins… et un gentil facteur. On vous aura rarement aussi bien vendu une histoire, peut-être parce qu’ici d’histoire il n’y a pas.
Planche du vieil homme et son Chat
Le vieil homme et son Chat, Nekomaki, Casterman

D’un premier coup d’oeil à ces images pastels simplement crayonnées, on s’imagine avoir entre les mains un album pour (très) jeune public. Quelques plans suffisent pour comprendre son erreur. Outre les amoureux de matous, Le vieil homme et son chat cible les âmes mélancoliques sensibles à la lenteur et à la poésie du pas grand-chose. L’auteur lui-même se plaît dans le rien puisque, que ce soit sur le site de Casterman, son éditeur français, ou ailleurs sur internet, on ne trouve aucune information sur le dit Nekomaki (littéralement chat-maki).

Daikichi, septuagénaire veuf et Tama, son chat ventru, sont les héros de saynètes qui se suivent et, souvent, se ressemblent. Au fil des saisons, alternent instantanés doux-amers, souvenirs sépia charmants, et recettes de cuisine pour étudiants fauchés. Autour du duo, gravitent une poignée de personnages secondaires attachants tels qu’Iwao, le voisin râleur, et Satoshi, le facteur attentionné (conforme à l’image d’Épinal du facteur de village).

 
Le vieil homme et son Chat, Nekomaki, Casterman
Le vieil homme et son chat, Nekomaki, Casterman

Un peu trop contemplatif à mon goût (un brin trop... tendre aussi), Le vieil homme et son chat a le mérite d’évoquer le vieillissement du Japon rural. Sans doute la démarche justifie-t-elle de pousser quelques lolcats cyniques à la dépression.

Le vieil homme et son chat de Nekomaki (à paraître le 05/09/2018)

 Casterman, collection Albums

Un deuxième tome est prévu en octobre prochain.

 

mercredi 4 juillet 2018

Chronique manga // Holiday Junction de Keigo Shinzō : rendez-vous manqué

À la suite de l’onctueux Mimikaki, l’été du Lézard Noir est marqué par un second recueil de tranches de vie, cette fois signé par Keigo Shinzō, également auteur de la série pour jeunes adultes Tokyo Alien Bros.



Holiday Junction.


Holiday Junction de Shinzo Keigo (couverture)
Holiday Junction au Lézard Noir, couverture mention très bien

Le jeu de mots m’aurait échappé, il échappera probablement à la majorité des lecteurs ; Wikipédia m’explique qu’une jonction de Holliday (Holliday junction en version originale) est une jonction mobile entre quatre brins d’ADN. Intermédiaire lors du processus de recombinaison génétique, elle serait essentielle au maintien de l’intégrité du génome. Je devrais me sentir moins bête, sauf que... non.
 

Les sept récits du recueil mettent en scène des duos : proches et inconnus, un chat et son maître. Jonctions et séparations. Ces croisements se placent sous le signe de la langueur et du loisir. 

Le trait rappelle celui d'Inio Asano (Solanin). C'est pourtant Tayō Matsumoto, l'auteur de la série douce-amère Sunny, que Shinzō cite comme modèle indépassable. On retrouve donc ce désir de créer des ambiances sur des non-évènements, en creux. Comme chez Matsumoto, il y a l'envie de saisir l'indicible dans l'anodin. Mais à l'inverse du maître, Shinzō ne fait pas toujours mouche et les tranches de vie se suivent sans se répondre.
Si je me suis retrouvée dans la justesse de Courage, Yoichi et dans la mélancolie d’Une année dans la vie de Bunbun, chat domestique, j’ai eu plus de mal avec d’autres histoires. Certains de ces fragments ont glissé sur moi (quoi de pire que de se dire que l'on passe à côté de ce qui rend l’œuvre… oeuvresque ?), d'autres m'ont gentiment dérangée.


Holiday Junction de Keigo Shinzō au Lézard Noir (extrait)
Holiday Junction de Keigo Shinzō au Lézard Noir (extrait)

Le fait est qu'Holiday Junction m'a perdue. Le coupable ? Ce deuxième récit, Je déteste les jolies filles, qui met en scène un vingtenaire amouraché d’une enfant de dix ans. J'attends d'une fiction qu’elle me pousse dans mes retranchements et je fais le distinguo entre un sujet et son traitement (la première saison de Top of the Lake compte parmi les meilleures séries qu’il m’ait été donné de voir).  En tous points, Keigo Shinzō prend le parti de la zone grise et cette neutralité narrative me gêne. Sans juger la qualité de la création, je déteste ce que cette histoire (dans son fond, mais plus encore dans sa forme) me dit de la société japonaise. Je déteste les jolies filles me renvoie au malaise ressenti en visionnant l'excellent documentaire Tokyo Idols de Kyoko Miyake et ce récit arrivé trop tôt, je ne suis pas parvenue à maintenir une curiosité bienveillante pour la suite du recueil.



Je n’avais pas particulièrement accroché à Tokyo Alien Bros. Je n’étais pas la cible. Pour des raisons plus délicates, plus personnelles, je referme sans regret ce Holiday Junction. 



Holiday Junction de Keigo Shinzō, Le Lézard noir
Traduction du Japonais d'Aurélien Estager  

204 pages
Sorti en juin 2018




dimanche 1 juillet 2018

Chronique manga // Mimikaki de Yarô Abe : L’Empire des sens


La sensualité du nettoyage d’oreille parle-t-elle aux utilisateurs de cotons-tiges ? Alors que l’adage invite à ne rien introduire dans son conduit auditif qui ne soit plus petit que son propre coude, le Français sera-t-il sensible à l’interdit ? Voilà deux questions qui désormais me brûlent les lèvres. 

Mimikaki de Yaro Abe (couverture)
Couverture de Mimikaki au Lézard Noir


Choisir un livre publié par les éditions le Lézard Noir peut se faire les yeux fermés (si l’on prend soin de réserver à un public averti les pépites érotico-gore de Suehiro Maruo). Les déceptions sont rares et la ligne éditoriale trouve sa cohérence dans des œuvres exigeantes et accessibles. Malgré cet a priori positif, et malgré sa joliesse, la couverture de Mimikaki ne délivre pas suffisamment d’indices à mon goût. Ce n’est qu’après une page ou deux que l’évidence s’impose : trait aux rondeurs enfantines, visuels rétro (drôles en eux-mêmes), ambiance douce amère cristallisée dans un humour potache : il s’agit d’une œuvre de l’auteur acclamé de La cantine de minuit (adaptée sur Netflix), alias Yarô Abe.


Composé sur le substantif mimi (oreille) et le verbe kaku (gratter), le mimikaki est un stick très fin en bois ou en métal dont l’embout courbe fait de l’outil un râteau-cuillère à cérumen. Citant le spécialiste du Japon Maurice Pinguet, un article de Slate consacré au dit gratte-oreille évoque un « refuge régressif » rappelant la symbiose entre la mère et le très jeune enfant. Comme l’éditeur français l’explique, parce que l’acte est souvent associé à un plaisir sensuel, il existe au Japon des établissements où le client paye pour une séance de nettoyage d’oreilles, en général effectuée la tête posée sur les genoux d’une femme.
Planche de Mimikaki de Yaro Abe
Volupté auriculaire, vous dit-on...


Mimikaki rassemble neuf histoires mêlant sensualité, humour et poésie pour raconter, par bribes, la vie d’une dizaine d’habitants de la petite ville de Nakamachi. Au centre du récit : Shizue, la patronne du salon de mimikaki, pratiquant son art dans les orifices sensibles de sa clientèle. 

S’il est publié cette année, ce Mimikaki est en fait une création antérieure à La cantine de Minuit. Le mode narratif reste le même : un personnage central mais secondaire fait le lien entre les récits de fragments de vie. Mimikaki, comme La cantine de minuit, évoque l’intime par l’organique. Par instant suranné, jamais trop loin de sentiments très contemporains, c'est un délice inattendu.

Alternative aux marronniers estivaux invitant à réveiller sa sexualité, Mimikaki nous déshabille. 





Mimikaki — L’étrange volupté auriculaire de Yarô Abe, le Lézard Noir

Traduction du japonais de Miyako Slocombe
187 pages 
Sorti en juin 2018

lundi 11 juin 2018

Chronique de livre // Konbini de Sayaka Murata : raconte-moi ta supérette, je te dirai qui tu es


“Pourquoi devrais-je quitter la supérette et chercher un poste ordinaire ? Cela me dépassait. Après tout, sortie de mon manuel de l’employé dont j’appliquais à la perfection les directives, je n’avais pas la moindre idée de la façon dont fonctionnait une personne normale.”

Couverture du roman Konbini de Sakuya Murata
Couverture de Konbini de Sayaka Murata


Un instantané de la société japonaise au travers du quotidien d’une supérette, voilà ce que nous propose Sayaka Murata. Son Konbini est un roman pop dans le sens le plus noble du terme : léger dans la forme, il ne se dispense pas d’apporter du fond. La problématique pourrait se résumer en une question tirée du roman : “Il a déjà 35 ans. Il serait temps pour lui d’arrêter les petits boulots, non ?”



Le terme Konbini est la contraction japonaise des termes anglais convenience store, le magasin de proximité. Présent à chaque coin de rue à Tokyo, on y trouve de tout : des produits d’hygiène aux boissons alcoolisées, en passant par les plats préparés et les magazines. On y fait ses photocopies et l’on y paye ses factures. S’il fallait comparer le konbini avec son équivalent français, je dirais que le premier est lumineux, propre, bien achalandé et abordable. Au-delà de son aspect pratique, le konbini constitue un repère, parfois même un repaire.



Murata connaît son sujet : il est d’ailleurs dit que malgré la réception du prix Akutagawa (l'équivalent du Goncourt), elle continue de travailler à temps partiel dans une de ces supérettes. L’auteure brosse le fonctionnement de cet organisme au rythme établi. Elle détaille les habitudes de consommation de ses contemporains et décrit jusqu’au bruit de la canette qui se déplace le long du rail frigorifique en remplacement de celle qui vient d’être vendue. L’auteur évoque avec tendresse ce spectacle immuable, le chant du konbini.



Marquée par un trouble du spectre autistique, Keiko Furukura, l’héroïne du roman, joue l’humain ; son personnage apprend par imitation. En s’alimentant exclusivement de produits du konbini, elle revendique son appartenance à cet organisme. La jeune femme et son alter ego masculin ont conscience d’avoir trouvé leur place à la marge. Ils savent également que personne n’envie leur choix et que, de fait, ils seront toujours amenés à se justifier.



« On en revient à un système qui blâme tout être inutile à la communauté. »



Pas d’effet de manche : le style et le vocabulaire sont simples, d’une sobriété qui claque. Chez Murata, la critique sociétale prend la forme d’un récit à la première personne d’une honnêteté désarmante.



Le lecteur s’amuse des saillances de la société japonaise, une société qui — je suis la première à ressasser le cliché — enfonce avec un marteau le clou qui dépasse. Il s’interrogera rapidement sur l’universalité d’une problématique contemporaine. L’air de rien, Konbini reste en tête… comme un standard pop.

Konbini de Sayaka Murata, Denoël
Traduction du japonais de Mathilde Tamae-Bouhon
128 pages
Paru en janvier 2018



samedi 3 mars 2018

Chronique manga // La Chenille de Suehiro Maruo et Edogawa Ranpo : Corps déviants

La Chenille évoque les tourments du Lieutenant Sunaga, blessé de guerre, rendu à son épouse à l’état d’homme-tronc sourd et muet. Esprit prisonnier d’un corps-larve, Sunaga démontre la permanence des désirs et des angoisses (sa peur de l’abandon est d’autant plus vive qu’il lui est impossible de survivre par lui-même). La nouvelle raconte la funeste tentative des époux Sunaga de restaurer le dialogue et de reconstruire une intimité.

Couverture de La Chenille (Le Lézard Noir)
Couverture de La Chenille (le Lézard Noir)
La Chenille est publiée en 1929, dans un contexte de reconstruction post grand tremblement de terre du Kantō (1923) par Edogawa Ranpo. Ce nom de plume qui pourrait se traduire par “flânerie(s) sur la rivière Edo” est similaire dans ses sonorités à la prononciation nipponne d’Edgard Allan Poe, “edogah aran poh”, que l’auteur né à la fin du 19e siècle et décédé au milieu du 20e admirait. Notamment inspiré des courants marxistes et surréalistes, l’homme a œuvré dans le roman policier et a fait naître l’eroguro. Le genre erotico-grotesque, fondateur de la contre-culture nipponne, est présenté dans cet appendice nécessaire qu’est Corps déviants, texte de Miyako Slocombe, traductrice de l’œuvre (et de l’ensemble des mangas de Maruo publiés en français). Cette dernière l’explique :

[L’eroguro] s’inspire surtout de l’Occident, notamment avec le marquis de Sade, le théâtre du Grand Guignol, ou encore les œuvres de Georges Bataille. Mais on peut également trouver l’origine de l’eroguro dans le bouddhisme japonais : en effet, il existait par exemple de nombreuses représentations macabres de jeunes filles à divers stades de leur putréfaction. De même, on peut évoquer les muzan-e, estampes japonaises apparues au XIXe siècle et représentant des scènes cruelles d’une violence extrême.

Lieutenant Sunaga, homme-tronc, homme-larve (le Lézard Noir)

Suehiro Maruo, de son côté, est né en 1956. Parmi les sources d’inspiration du mangaka autodidacte, on cite les muzan e (littéralement : illustration d’atrocité/de cruauté) mentionnées ci-dessus, et les cinéastes Luis Buñuel et Tod Browning (La Monstrueuse Parade). Démontrant l’éclectisme de ses goûts, l’artiste cite également Pink Flamingo de John Waters (parangon de l’eroguro à la sauce yankee où le grotesque écrase l’érotisme).

Dans l’œuvre de  Maruo, La Chenille se situerait quelque part entre le presque grand public Ile Panorama (autre adaptation d’Edogawa Ranpo) et le plus dérangeant, et donc inoubliable, Yume no-Q-Saku.

La Chenille évoque (dans le désordre) la sexualité, notamment féminine, notamment perverse, en décrivant une épouse dévouée devenue “un monstre affamé de désirs charnels” ; l’impératif, très présent dans la société japonaise, de maintenir les apparences (qui se manifeste dans l’importance qu’accorde à ses médailles le lieutenant mutilé ou dans le souci de son épouse de mettre en scène son exemplarité et son abnégation totale) et de noirceur de l’intime (lorsque les masques tombent) ; la marge et la marginalité ; et la crainte de perdre son utilité sociale. D’un trait élégant et kitsch (30’s), donc classique avant l’heure, Maruo dessine une sexualité horrifique. À la lecture toutefois se détache l’impression que la perversion réside en premier lieu dans l’horreur de la guerre.

Planche de La Chenille
Planche de La Chenille (le Lézard Noir)

Comme nous l’explique Slocombe, le texte est marqué par le rejet d’une double tentative de normalisation de la part de l’État japonais : celle du corps (le recrutement militaire donnant lieu à une sélection et à une uniformisation drastiques) et celle de la sexualité (du fait de l’instauration à la même époque d’une politique moralisatrice).

Sans jamais renoncer à la poésie, alors que le corps et la sexualité échappent à la norme, La Chenille trouble et enchante.


La Chenille de Suehiro Maruo et Edogawa Ranpo, le Lézard Noir  (1re édition : 2010)
Traduction du japonais de Miyako Slocombe
152 pages
Paru en janvier 2018

À noter que la nouvelle a également été adaptée au cinéma par Atsushi Kaneko (dans un segment de Rampo Noir sorti en 2005).

samedi 24 février 2018

Chronique manga // Deathco d’Atsushi Kaneko : La petite fille est une guerrière

Sans doute faut-il ouvrir cette chronique sur un point vocabulaire.

Psychopathie: état de déséquilibre psychologique caractérisé par des tendances asociales sans déficit intellectuel ni atteinte psychotique. (Larousse)

Sociopathie: trouble de la personnalité caractérisé par le mépris des normes sociales, une difficulté à ressentir des émotions, un manque d’empathie et une grande impulsivité. (Larousse)



Ces précisions lexicales balayées, faites entrer Deathko.
Deathko arrive en ballon(s).
Deathko, héroïne dahku (dark) d'Atsushi Kaneko (Casterman)
Deathko, comme le précise le narrateur, ça sonne comme disco, sauf que notre héroïne n’évolue qu’en noir et blanc et a un sens tout particulier de la fête.

Une cape noire, les yeux noircis, le goût du danger et un recours démesuré aux grimaces, Deathko, c'est un mix entre Fantômette (mignonne héroïne de la Bibliothèque Rose) et le fascinant pantin désarticulé des clips de l’Australienne Sia (joué par l’Américaine Maddie Ziegler).

 
Fantômette (Bibliothèque Rose)
Fantômette
Maddie Ziegler vue dans un clip de Sia
Maddie Ziegler
Deathko à l'oeuvre
Deathko... à l’œuvre (Casterman)
Deathko est une ado gothique psychotique qui habite le château délabré de Madame M et parle d’elle à la troisième personne.  À leurs côtés, Lee, chauffeur masochiste (à l'occasion chirurgien) amoureux de Madame M et contraint par cette dernière de veiller sur Deathko lorsqu’elle part en moisson. Parce que Deathko est une tueuse à gages appartenant à la catégorie des reapers, les moissonneurs, des êtres sans lien les uns avec les autres qui semblent s’être donné le mot pour faire de chacune de leurs tueries un bain de sang inspiration série Z. Cette troupe étrange répond aux ordres de la Guilde, une instance mystérieuse qui met régulièrement à prix la tête d’individus malveillants.

Deathko et quelques reapers (Casterman)

 

Qui se cache derrière la Guilde ? Quelles sont ses motivations ?

Du mystère en-veux tu en voilà, le premier étant ce choix de graphie faisant de Deathko une quasi éponyme (à une consonne près, doit-on chipoter ?), alors qu'en japonais le titre de la série et le nom de son héroïne s’épellent de la même façon, à savoir : de-su-ko (デスコ ).

Reprends donc un peu de k.


En japonais, on pourrait dire de Deathko qu’elle est kawaii (si mignonne avec sa dégaine de petit chaperon rouge métalleux,  sa chauve-souris dégingandée dépressive et ses grappes de ballons noirs), kakkoii (elle est cool : ses armes sont ses jouets, ses jouets sont ses armes ; elle trucide des malabars sans prendre la peine d’enfiler correctement ses chaussures, tout en enchaînant les pitreries et en ça elle nous rappelle Buffy, la tueuse de vampires, elle-même incapable de renoncer à un bon mot tandis qu’elle se débarrasse d’un monstre vraiment-vilain-très-dangereux, faut-il mettre ce type de comportements sur le compte de la nervosité ? Je m’interroge.) et kuroi (Deathko est sombre : elle n’aime personne, le proclame, et elle est régulièrement aux prises avec les nuages noirs qui se forment au-dessus de sa tête). 

Mangaka et réalisateur quinquagénaire, Atsushi Kaneko déclare s’inspirer en priorité des techniques de la musique, du cinéma, voire de la bande dessinée américaine, plutôt que du style d’autres mangakas (exception faite pour le maître de l’eroguro — érotico-grotesque — Suehiro Maruo qui compte parmi ses sources d’inspiration déclarées). En résulte un dessin épuré et profond, des jeux d’ombres d’où se dégagent des visages grimaçants.

Portrait de Deathko (Casterman)
DEATHKO ! (Casterman)

Si jusque là la narration tenait le lecteur grâce à des personnages délicieusement hors norme, reposant malgré tout sur des cliffhanger attendus (Deathko va-t-elle survivre d'ici le prochain tome ?), ce sixième et avant dernier épisode sorti en France le 14 février brouille plus sévèrement les pistes. Identités, temporalité, hiérarchie, les repères explosent et l'on attend avec une impatience non feinte le septième tome. Trick or treat?

Deathco d’Atsushi Kaneko 

Traduit du japonais par Aurélien Estager

 Casterman, collection Sakka, 6 tomes parus