samedi 24 février 2018

Chronique manga : Deathco d’Atsushi Kaneko // La petite fille est une guerrière

Sans doute faut-il ouvrir cette chronique sur un point vocabulaire.

Psychopathie: état de déséquilibre psychologique caractérisé par des tendances asociales sans déficit intellectuel ni atteinte psychotique. (Larousse)

Sociopathie: trouble de la personnalité caractérisé par le mépris des normes sociales, une difficulté à ressentir des émotions, un manque d’empathie et une grande impulsivité. (Larousse)



Ces précisions lexicales balayées, faites entrer Deathko.
Deathko arrive en ballon(s).
Deathko, héroïne dahku (dark) d'Atsushi Kaneko (Casterman)
Deathko, comme le précise le narrateur, ça sonne comme disco, sauf que notre héroïne n’évolue qu’en noir et blanc et a un sens tout particulier de la fête.

Une cape noire, les yeux noircis, le goût du danger et un recours démesuré aux grimaces, Deathko, c'est un mix entre Fantômette (mignonne héroïne de la Bibliothèque Rose) et le fascinant pantin désarticulé des clips de l’Australienne Sia (joué par l’Américaine Maddie Ziegler).

 
Fantômette (Bibliothèque Rose)
Fantômette
Maddie Ziegler vue dans un clip de Sia
Maddie Ziegler
Deathko à l'oeuvre
Deathko... à l’œuvre (Casterman)
Deathko est une ado gothique psychotique qui habite le château délabré de Madame M et parle d’elle à la troisième personne.  À leurs côtés, Lee, chauffeur masochiste (à l'occasion chirurgien) amoureux de Madame M et contraint par cette dernière de veiller sur Deathko lorsqu’elle part en moisson. Parce que Deathko est une tueuse à gages appartenant à la catégorie des reapers, les moissonneurs, des êtres sans lien les uns avec les autres qui semblent s’être donné le mot pour faire de chacune de leurs tueries un bain de sang inspiration série Z. Cette troupe étrange répond aux ordres de la Guilde, une instance mystérieuse qui met régulièrement à prix la tête d’individus malveillants.

Deathko et quelques reapers (Casterman)

 

Qui se cache derrière la Guilde ? Quelles sont ses motivations ?

Du mystère en-veux tu en voilà, le premier étant ce choix de graphie faisant de Deathko une quasi éponyme (à une consonne près, doit-on chipoter ?), alors qu'en japonais le titre de la série et le nom de son héroïne s’épellent de la même façon, à savoir : de-su-ko (デスコ ).

Reprends donc un peu de k.


En japonais, on pourrait dire de Deathko qu’elle est kawaii (si mignonne avec sa dégaine de petit chaperon rouge métalleux,  sa chauve-souris dégingandée dépressive et ses grappes de ballons noirs), kakkoii (elle est cool : ses armes sont ses jouets, ses jouets sont ses armes ; elle trucide des malabars sans prendre la peine d’enfiler correctement ses chaussures, tout en enchaînant les pitreries et en ça elle nous rappelle Buffy, la tueuse de vampires, elle-même incapable de renoncer à un bon mot tandis qu’elle se débarrasse d’un monstre vraiment-vilain-très-dangereux, faut-il mettre ce type de comportements sur le compte de la nervosité ? Je m’interroge.) et kuroi (Deathko est sombre : elle n’aime personne, le proclame, et elle est régulièrement aux prises avec les nuages noirs qui se forment au-dessus de sa tête). 

Mangaka et réalisateur quinquagénaire, Atsushi Kaneko déclare s’inspirer en priorité des techniques de la musique, du cinéma, voire de la bande dessinée américaine, plutôt que du style d’autres mangakas (exception faite pour le maître de l’eroguro — érotico-grotesque Suehiro Maruo qui compte parmi ses sources d’inspiration déclarées). En résulte un dessin épuré et profond, des jeux d’ombres d’où se dégagent des visages grimaçants.

Portrait de Deathko (Casterman)
DEATHKO ! (Casterman)

Si jusque là la narration tenait le lecteur grâce à des personnages délicieusement hors norme, reposant malgré tout sur des cliffhanger attendus (Deathko va-t-elle survivre d'ici le prochain tome ?), ce sixième et avant dernier épisode sorti en France le 14 février brouille plus sévèrement les pistes. Identités, temporalité, hiérarchie, les repères explosent et l'on attend avec une impatience non feinte le septième tome. Trick or treat?

Deathco d’Atsushi Kaneko 

Traduit du japonais par Aurélien Estager

 Casterman, collection Sakka, 6 tomes parus



 

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