vendredi 15 août 2014

Kogaru, la cagole japonaise et quelques infos que m'envieront les bloggueuses beauté

La beauté est une affaire sérieuse. Instruments de torture rose fluo, bave d'escargot et placenta de mouton : comment résister à l'offre de produits supposés lisser/dégraisser/unifier/tonifier/blanchir/dérider les carcasses japonaises ?

En ce début d'après-midi, ma télévision s'allume sur une émission dans laquelle de délicates quadragénaires divulguent les secrets de leur apparence juvénile. La première explique recouvrir son visage de la peau du lait qu'elle vient de faire bouillir, une autre fait des demi-pointes pendant qu’elle sèche ses cheveux, la dernière se balance quotidiennement à la corde pendue au milieu de son salon sous le regard bienveillant (?) de ses enfants. Leur point commun ? Des ongles aux couleurs de l'arc-en-ciel et des lubies alimentaires perturbantes — notamment pour les invités de l’émission filmés en train de produire des EEEeehhh??!! à chacune de leurs révélations.

De l'avis général, la Japonaise a une beauté sophistiquée mais rarement sensuelle. La culture dominante promeut la discrétion et l'uniformité. D'ailleurs, en 2014, sur la plage de Kamakura (à une heure seulement de Tokyo), les autorités locales diffusent des messages indiquant que les tatouages des baigneurs devraient être dissimulés. Dans ces conditions, quel espace reste-t-il à la Japonaise pour se faire cagole ? Et d'ailleurs, qu'est-ce exactement qu'une cagole ?

Cagole /ka.ɡɔl/ féminin

(Occitanie) Fille au comportement plutôt vulgaire et souvent vêtue ou maquillée de manière outrancière attirée par les vêtements aux couleurs criardes.

(Merci Wiktionnaire)

En lutte contre un système valorisant la retenue qui a fait d'elle un être un peu trop discret à son goût, elle se redessine blonde, flamboyante et froufrouteuse. Pas forcément vulgaire, même si l'élégance est optionnelle. Le tape-à-l’œil doit primer : plusieurs couches de maquillages pour un teint maronnasse, de longs cheveux blonds soigneusement ondulés, des petits autocollants au coin de l’œil pour agrandir le regard et des lentilles supposées produire le même effet. Le succès sera total si cette dernière parvient à maintenir une voix haut perchée nasillarde. Nous y sommes : devenue kogaru (ou gyaru de l'anglais gal, girl), la cagole suprême peut partir à la conquête du 109.

Merci Google Images
Au cœur de Shibuya, le 109 est le temple du shopping pour les jeunes filles plus ou moins en fleurs, génériquement couvertes de robes roses volantées et de boucles blondes à la tenue impeccable. Ici plus qu'ailleurs, pour séduire, la femme se doit d'adopter une attitude enfantine : être gracile et user d'une voix anormalement aigüe, le tout assorti de mimiques ridicules que je finis malgré moi par singer.

En me rendant aux toilettes, j'assiste à une compétition opposant vendeuses et clientes dans l'espace boudoir. Alors que je contemple l'une d’elle faire frénétiquement danser un fer à friser au milieu de ses extensions capillaires, je réalise que de n’être là que pour uriner fait de moi une paria. Je prends donc une air inspiré pour consacrer une dizaine de secondes à remettre une couche de Labello cerise sur mes lèvres. Je ne suis pas certaine de faire illusion mais peut-être est-ce une nouvelle étape de ma transformation ? Malgré tout, je dois rester lucide : je ne serai jamais intégrée si je ne me rase pas les poils des avant-bras les codes sont par contre moins formels en ce qui concerne d'autres parties du corps habituellement dissimulées.

Je regrette parfois que nous ne fréquentions pas les mêmes cercles. Par chance, il m'arrive de vous croiser le samedi matin à Roppongi, le quartier où l'on sort [Note : On désigne les gens. Moi, je dors]. Quand je pars sur des tournages au petit jour, comment pourrais-je rester insensible à votre ballet : incapables d'avancer seules sur vos talons devenus trop hauts pour le degré d'équilibre que vous parvenez à maintenir. Je vous regarde tituber, étrangement gracieuses. Mesdemoiselles, vous ne le saurez sans doute jamais mais vous illuminez ma journée.

Police de la coquille, merci de me contacter en cas de besoin !