samedi 9 août 2014

Voilà l'été : glaces-volcan, cigales et cafards mutants

Mushiatsui.1
Mushi-atsui.
Humide et chaud.

Au Japon plus qu'ailleurs, lorsqu'on rencontre quelqu'un à qui l'on a rien à dire, il est d'usage de parler du beau temps. Qu'il s'agisse d'un impératif social ou d'une réelle spécificité météorologique, n'importe quelle méthode de japonais parvient à placer ce double adjectif dans l'une de ses trois premières leçons. 

— Nihon no natsu wa mushiatsui desu, ne ?
Hai, totemo mushiatsui desu!2

La prophétie auto-réalisatrice est en marche. Confirmant qu'il s'agit d'un monde à part, les gaijin aiment bien se raconter des histoires qui font peur. J'ai donc été informée dès mars de la nécessité d'investir dans une lessive anti-moisissures. Selon ma source, à la belle saison, mon linge ne sécherait jamais complètement. Les faits sont un peu moins impressionnants : la mi-août approche et je n'ai pas encore la moindre moisissure à signaler et ce malgré ma fidélité à la lessive premier prix. Mais mise au diapason, j'ai moi-même interdit à mes proches de me rendre visite entre juillet et août de peur qu'ils ne succombent à la fournaise annoncée.

29° au cœur de la nuit, quelques pointes autour de 40°... même si je considère ne pas aimer la chaleur, l'été japonais m'a paru plutôt supportable. Lorsque dans la rue mon éventail ne brasse que de l'air chaud, je replonge dans les longs étés de mon adolescence dans les Pyrénées Orientales. L'ennui en moins, l'air conditionné en plus : Tokyo, c'est un peu le Prades japonais.

Les rares menaces de typhons sont tout de même susceptibles de me rappeler que je ne suis plus en France. Le premier, Neoguri a été une vraie déception, le second, Halong, présenté comme un super typhon pourrait toucher Tokyo dans les prochains jours. Je suis prête, j'ai deux parapluies.

Et parce que peu d'entre eux ont connu Prades dans les années 90, les Japonais eux-mêmes ont intégré que leur été est insupportable. Les femmes les plus âgées, portent des visières panoramiques et des gants qui remontent le long de leurs bras ; les plus jeunes tendent à se contenter de l'option ombrelle. Le Japonais passe son temps à s'éponger le front et la nuque avec des petits mouchoirs éponges (option plutôt masculine) et à se tamponner les bras avec des lingettes parfumées (options plutôt féminine) dont la publicité diffusée dans le métro vise à me convaincre que leur parfum fleuri est le dernier rempart contre la chape de plomb qui s'abat pour quelques semaines sur la ville.

Après avoir passé la matinée à ingérer des cafés frappés, l'alimentation devient un moyen comme un autre de se refroidir. Dès juin, on a vu fleurir ces petits monticules de glace pilée recouverte de sirops colorés, qui, pour la petite occidentale que je suis, n'ont pour seul intérêt que leur faux air de volcan en éruption. Je suis par contre plus sensible aux saveurs des soba et udon froides, des glaces au sésame et de celles au thé vert, mochi3 et anko4.


D'un point de vue de la faune, je croise des bêtes extraordinaires, dans le genre de ces cafards de cinq centimètres qui investissent pour quelques mois la plupart des résidences tokyoïtes. Comme je les trouve plus intrigants que dégoutants et que je sais qu'ici plus qu'ailleurs il s'agit d'une bataille perdue, nous vivons eux et moi en bonne intelligence. Quand l'un d'entre eux croise mon chemin, je détourne le regard et eux poursuivent leur route. Les cafards se cachent-ils pour mourir ? L'idée me plairait assez.

Je me méfie plus des cigales qui, dans les parcs de la ville, produisent un son électrique oppressant. La première fois que je l'ai entendu, j'ai pensé qu'il s'agissait d'une sorte de répulsif auditif à destination des chiens ou des enfants. Mais après avoir entendu ces modulations angoissantes, parfois assourdissantes, à différents endroits, j'ai dû me rendre à l'évidence : il s'agit de cigales électriques mutantes. Et à en juger par leur cri strident, elles ne nous veulent pas que du bien.

Enfin, toute péquenaude que je suis, j'ai découvert qu'à une heure à peine de la capitale, on trouve Kamakura, l'une des plus jolies stations balnéaires qu'il m'ait été donné de fréquenter. Le lieu est bucolique et le Daibutsu, un Bouddha géant, veille sur les Japonais qui s'ébrouent joyeusement sur la plage — pour certains en état d'ébriété avancé. Parmi eux, j'ai appris qu'il est de bon ton de porter un (faux ?) string dépassant de son bas de maillot de bain. Mais au risque de poursuivre dans le fashion faux pas, je réfléchis encore à quoi faire de cette information.

1蒸し暑い
2 -L'été au Japon est chaud et humide, hein ? - Oh oui, vraiment chaud et humide !
3Le mochi (もち ou )est une préparation visqueuse à base de riz gluant. Intégré dans divers plats, il est souvent consommé à l'occasion des fêtes et est à l'origine, chaque année de plusieurs décès par étouffement (la plupart du temps de personnes âgées). Ça reste l'un de mes aliments préférés ici.
4L'anko (餡子) est une pâte de haricot rouge très sucrée, elle est souvent utilisée pour fourrer les mochis.

Police de la coquille, merci de me contacter en cas de besoin !