vendredi 26 décembre 2014

Le gaijin, ce loser exotique.

Gaijin, c'est le terme utilisé pour désigner l'étranger au Japon, celui qui a traversé la mer ou l'océan pour arriver… et qui n'aurait peut-être pas dû. C'est un terme courant parce que c'est un fait : il y a eux et il y a nous, qui ne parviendrons jamais complètement à maîtriser et la langue et les codes. 

Je pourrais dire que les Japonais n'aiment pas les gaijin. Cette affirmation, comme n'importe quelle affirmation relative aux sentiments d'un groupe composé de plus d'une personne, serait idiote. Reste que l'intégration de l'étranger est un problème complexe et qu’ici, plus fréquemment qu'ailleurs, l’étranger fait face à une certaine défiance.   

Quand je pense aux difficultés qui m’attendent lorsque je chercherai à louer un appartement ou quand un employé du pôle emploi tokyoïte me demande si je suis là parce que je ne trouve pas de travail dans mon pays, mon cœur se tord. Malgré tout, être Française représente plus souvent un atout qu'un handicap. La France garde son aura de mignon pays rustique et Paris de vieille ville élégante. Je reste une curiosité et il me suffit de prononcer des phrases d'un adjectif pour recevoir des commentaires élogieux sur ma maîtrise de leur langue. Sugoi![1] 

Olivier, Franco-Japonais ayant grandi entre les deux pays et résidant à Tokyo depuis neuf ans se sent Français. Très critique envers la société nippone et probablement lucide, il dit "les Japonais" et s'exclut du groupe. Ce positionnement lui permet de partir plus tôt que ses collègues le soir et d'être le seul de son entreprise à prendre tous ses jours de congés.

Mais tous les gaijin le confirment : un des principaux maux du pays, ce sont ses gaijin. Grégory, expatrié depuis quelques années a réalisé le portrait-robot du français arrivé au Japon. Lui et Audrey, qui vit à Tokyo depuis un peu plus d’un an, me parlent de ces types arrogants et sans charme, loser mais exotiques. A côté de l'extrême représenté par le Suisse Julien Blanc pick-up-artist-expert-en-séduction autoproclamé, il s'avère que beaucoup d'entre nous arrivent au Japon en conquérants, entourés d'une aura de gentleman. 

Il faut dire que la société nippone ne se pose pas en modèle en matière d'égalité des sexes et le premier imbécile venu d'à peu près n'importe où ailleurs passera sans trop de mal pour un fervent féministe, au moins dans un premier temps. Le manga à succès My darling is a foreigner et son adaptation cinématographique présentant Tony, un Américain super-bilingue, super-sensible et super-soucieux de respecter les codes du pays finissent de tordre l’imaginaire des Japonaises. 

Mais comment expliquer que, moi-même, je ressente une forme de réserve quand j'en croise ? 

La première chose, c'est que je ne comprends pas cet esprit de communauté qui pousse certains à engager la conversation au prétexte que, l'évidence s'impose, je ne suis pas asiatique. Ces gens m'obligent à faire la gueule pour éviter une conversation basée sur un malentendu : je suis seule, je souffre donc du syndrome lost in translation. 

Je n'aime pas non plus ces vieux de la vieille, qui, sans avoir pris la peine d'étudier la langue, se font un devoir d'expliquer à la première oreille venue comment fonctionne le pays, au prétexte qu'ils sont mariés à une Japonaise  et malheureux. 

La vie au Japon peut être très agréable dans la mesure où l'on n'aspire pas à une réelle intégration. Pour les décennies à venir, et même si le pays fait face au vieillissement de sa population, le gaijin restera une pièce rapportée qui doit trouver sa place, à la marge.

Police de la coquille, merci de me contacter en cas de besoin !



[1] すごい, super !